GRAYSCALE GEOPOLITICS

GUERRE POUR L’EUROASIE 
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sanja vujacic

Rédactrice en chef

Trumpov Odbor za mir ne mijenja dosadašnju logiku međunarodnog poretka. Samo je izgovara naglas. Sankcije, carine, prijetnje, bilateralni »dealovi«. Miješanje državne moći i privatnih interesa. Sigurnost se daje – ali uz ustupke suvereniteta

De plus en plus de géopolitologues occidentaux adhèrent à la thèse selon laquelle le XXIe siècle sera « eurasiatique », confirmant la vision de Brzezinski de l’Eurasie comme une « grande échiquier » sur lequel se joue l’équilibre mondial entre l’ordre anglo-américain et les projets eurasiatiques concurrents, principalement chinois et russe.

La stratégie anglo-américaine de fragmentation et de rééquilibrage de l’Eurasie n’a pas réussi à freiner l’ascension de la Chine ni le projet de la Belt and Road Initiative (BRI), qui vise à relier l’Eurasie en un espace économique intégré, avec la Chine comme pôle central de gravité — précisément ce que l’Occident cherchait à éviter.

Dans ce contexte, la guerre en Ukraine et l’instabilité en Iran deviennent des points de pression majeurs sur les corridors eurasiatiques : l’Ukraine contrôle un axe terrestre septentrional stratégique, tandis que l’Iran constitue une porte de sortie essentielle de l’Asie centrale vers l’océan Indien. Les crises locales se transforment ainsi rapidement en perturbations globales des flux commerciaux, énergétiques et logistiques.

Source : carte générée par IA, créée à l’aide d’OpenAI, 2026.

Dans cette perspective, les relations internationales prennent de plus en plus la forme d’une concurrence hégémonique de long terme (« West vs the Rest »). D’un côté, la stratégie anglo-américaine vise à préserver la domination en contrôlant les nœuds géopolitiques clés et en empêchant la consolidation eurasiatique ; de l’autre, le projet chinois d’intégration infrastructurelle du continent. Le résultat n’est pas un ordre bipolaire de type guerre froide, mais une compétition instable où guerres, sanctions et intégration économique sont mobilisées simultanément comme instruments de puissance.

La Russie ne dispose plus de l’influence qu’elle avait acquise lors de son intervention en Syrie, et la guerre en Ukraine a encore réduit sa capacité à façonner le Moyen-Orient. La région peut désormais être analysée principalement à travers le prisme de la rivalité sino-américaine, et beaucoup moins russo-américaine. Bien que l’Iran, l’Arabie saoudite et Israël demeurent des puissances régionales majeures, les États-Unis conservent une domination structurelle grâce au contrôle de l’architecture sécuritaire, des flux énergétiques et des principales routes maritimes, cherchant à maintenir l’équilibre des forces et à empêcher l’émergence d’un hégémon régional dans un contexte d’intégration eurasiatique croissante.

C’est pourquoi le discours politique occidental est dominé par la question de la répartition asymétrique des coûts de sécurité au sein de l’Alliance atlantique. L’exemple le plus souvent cité est la déclaration du chancelier allemand Friedrich Merz lors des récentes escalades de juin : « Israël fait le sale travail pour nous tous. » Cette formule traduit la perception selon laquelle Israël assume les tâches sécuritaires les plus risquées dans le cadre du conflit stratégique global « West vs the Rest ». Elle constitue également l’une des principales raisons du soutien des dirigeants européens à Israël, y compris lorsque celui-ci s’écarte du droit international et des droits humains.

De la même manière, comme Volodymyr Zelensky en Ukraine s’oppose à la Russie, Benyamin Netanyahou au Moyen-Orient a endossé le rôle de « faire le sale travail » au nom de l’Occident global. Une telle position comporte toutefois des conséquences à long terme difficiles à mesurer pour la stabilité de leurs États et de leurs systèmes politiques. En contrepartie, ces acteurs attendent un soutien financier, militaire et politique durable de l’Occident, qui cherche ainsi à préserver sa domination globale.

Cependant, ces attentes apparaissent problématiques sur le long terme. Les États-Unis comme les pays européens cherchent à limiter les coûts de ces engagements — tant financiers qu’humains — et à faire en sorte que les pressions militaires et les sanctions pèsent davantage sur les économies adverses que sur les leurs. Or, cela n’est pas toujours réalisable en pratique, et il est donc probable que ces alliés puissent, à un moment donné, se retrouver privés d’un soutien plein et inconditionnel.

L’histoire a déjà montré des dynamiques similaires avec des régimes soutenus par l’Occident (le Sud-Vietnam, l’Afghanistan, l’Irak – les forces kurdes etc.).

En ce sens, la « Guerre pour l’Eurasie » ne constitue pas seulement un affrontement entre grandes puissances, mais aussi une interrogation sur les limites de la projection de puissance occidentale dans un monde de plus en plus multi vectoriel et indépendant.

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