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sanja vujacic

Rédactrice en chef

Une enquête sur les aspects géopolitiques de l’affaire Epstein

Dans le contexte de la déclassification de documents qui « épargnent » les cibles américaines d’Epstein, les tentatives visant à compromettre Trump ainsi que l’insistance à exiger la publication de tous les documents dans lesquels il est mentionné ne paraissent guère particulièrement judicieuses. Pourquoi ?

Dossiers à la Maison-Blanche : qui tient qui ?

Ironie ? C’est précisément dans cette « État au grand jour » de Trump que refont surface les documents de l’affaire Epstein. Ils révèlent d’abord les structures de l’« État profond ». Ensuite, ils compromettent la politique transactionnelle de Trump au Moyen-Orient en faveur d’Israël. Une thèse apparaît : cette politique aurait pu être façonnée sous la pression des services de renseignement israéliens, le Mossad, exerçant une influence à la fois sur Donald Trump et sur les membres de l’élite mondiale impliqués dans le réseau Epstein. Leurs noms apparaissent progressivement, au compte-gouttes.

Aujourd’hui, Trump n’est plus seulement une cible. Après Epstein, il détient potentiellement des cartes maîtresses. Bien qu’il fasse lui-même partie de l’ensemble du système qu’il prétend dépasser, il possède désormais des instruments de pression créés par le réseau Epstein. Des leviers d’influence, à la fois sur la politique américaine et sur les décisions politiques et judiciaires des États dont certains acteurs sont compromis.

On ignore comment le ministère américain de la Justice a déterminé l’ordre de publication des documents. En revanche, il est établi qu’il s’agit aussi d’un business rentable. Déjà, 25 cibles d’Epstein auraient payé des sommes importantes afin d’éviter des poursuites. Leurs noms ont été censurés dans les trois premiers millions de pages publiées.

Une grande partie du matériel concerne des responsables politiques européens, avec des conséquences potentielles de déstabilisation des alliés, notamment le Royaume-Uni et la France.

Au Royaume-Uni : Ghislaine Maxwell, proche collaboratrice d’Epstein ; Peter Mandelson, ancien ministre et ambassadeur aux États-Unis ; Sarah Ferguson et le prince Andrew.

En France : Jean-Luc Brunel, agent de mannequins et proche collaborateur d’Epstein, dont le suicide en prison en 2022 reste aussi contesté que celui d’Epstein ; Jack Lang et sa fille Caroline, ancien ministre de la Culture et de l’Éducation issu d’une famille juive d’Alsace, longtemps à la tête de l’Institut du monde arabe ; Fabrice Aidan, diplomate français.

Certaines personnes compromises sont accusées d’avoir transmis des secrets économiques, politiques ou militaires, soit à Israël, soit à des factions internes de son gouvernement. Des allégations non vérifiées évoquent également la participation de personnalités publiques à des cultes sataniques.

Il s’agit donc d’une affaire internationale aux conséquences géopolitiques potentiellement majeures. Même si les adversaires du duo dominant Trump-Netanyahu parvenaient à écarter ces dirigeants, le réseau Epstein pourrait continuer à fonctionner via le Mossad et le FSB, au cœur même de l’affaire.

Entre antisémitisme et absence d’autocritique

Le récit entourant l’affaire Epstein, et dans lequel les services de renseignement israéliens occupent une place centrale, alimente facilement la paranoïa. Il réactive des schémas historiques de persécution, comme la chasse aux sorcières ou les persécutions des Juifs au Moyen Âge, ainsi que l’idée ancienne d’un groupe caché contrôlant le monde.

C’est ce que souligne Sébastien Lévi, commentateur de la chaîne publique israélienne Kan en français et correspondant aux États-Unis pour la presse française. Selon lui, l’affaire Epstein offre aux antisémites l’occasion de réactiver les Protocoles des Sages de Sion — document généralement considéré par les historiens comme un faux, probablement produit dans la Russie impériale, sans doute dans les cercles de l’Okhrana (police secrète), afin de discréditer les mouvements réformateurs libéraux en les transformant en « complots juifs », ou encore pour freiner l’essor du sionisme après le congrès de Bâle de 1897.

Lévi conclut : « Les crimes d’Epstein ne sont pas une fiction. Mais leur instrumentalisation s’inscrit dans une dérive conspirationniste et antisémite. La rhétorique des ‘élites sans patrie’ ou des ‘dégénérés de la finance’ ouvre des raccourcis dangereux. Lorsque Philippe de Villiers parle d’une ‘caste planétaire d’élites globalisées qui doit tomber le masque’, même involontairement, il nourrit une rhétorique récupérable par l’antisémitisme. L’affaire Epstein exige des responsables clairement identifiés. L’histoire montre que, dans de telles circonstances, les Juifs deviennent souvent des boucs émissaires. »

Cependant, dans l’analyse de Lévi, une autocritique est absente. Il ne questionne pas la politique actuelle au Moyen-Orient du duo Trump–Netanyahu, de nature agressive et suprémaciste, qui encourage des réponses simplificatrices à des problèmes complexes.

Éviter la stigmatisation collective des Juifs devrait logiquement impliquer d’éviter également celle des Palestiniens. Israël étant un État reconnu depuis 78 ans, il devrait, à ce titre, répondre de ses actes comme tout autre État, sans exceptionnalité ni mythologie. Une responsabilité cohérente et sans exception est nécessaire, sans exceptionnalisme ni mythologie.

Mais ce n’est pas le cas.

D’où l’affaire Epstein, présenté comme l’un des prédateurs les plus protégés des États-Unis. Les documents déclassifiés et publiés sous la présidence de Donald Trump — considéré comme le plus grand allié d’Israël — le décrivent comme un agent infiltré du Mossad, spécialisé dans le « kompromat » et les réseaux d’influence qui en découlent.

Ainsi, le jeune État d’Israël semble soit mal choisir ses alliés, soit n’avoir nul besoin d’ennemis supplémentaires. Le monde est traversé par une nouvelle vague d’antisémitisme.

Dans le texte qui suit, l’auteure présente les principales conclusions de son enquête sur les documents publiés concernant l’affaire Epstein, en s’appuyant également sur d’autres sources fiables qui ont servi de base à l’analyse DE L’ÉTAT PROFOND À L’ÉTAT AU GRAND JOUR : LES SCANDALES PROFONDS DU RÉSEAU EPSTEIN (1re partie)

Epstein : l’histoire documentée du prédateur le mieux protégé

L’enquête intitulée « L’ami du chef des espions : Jeffrey Epstein et le monde des services de renseignement », datée du 19 février 2026, menée par Leonardo Dias – journaliste d’investigation et auteur brésilien –, repose sur 883.000 documents publiés par le ministère américain de la Justice. Pendant six semaines, Dias a analysé ces matériaux à l’aide d’un indexage en texte intégral via Elasticsearch, ainsi que de bases de données graphiques Neo4j ayant cartographié 1,2 million d’entités nommées. Il a également procédé à une lecture systématique des rapports du FBI, des e-mails, des registres financiers et des notes classifiées. Une méthode : document par document. Sans sources anonymes, sans spéculation.

Le résultat ? Dias évoque d’abord un événement datant de 2008. Le procureur fédéral Alexander Acosta mène alors une procédure contre Jeffrey Epstein, accusé d’abus sexuels sur 36 mineures en Floride. Il reçoit un appel. On lui indique qu’Epstein « appartient aux services de renseignement » et qu’il ne doit pas intervenir. S’ensuit un accord exceptionnel de non-poursuite. Celui-ci accorde à Epstein une immunité fédérale, étendue à ses collaborateurs. Les victimes sont exclues de la procédure. Au lieu d’une peine significative, Epstein purge 13 mois de prison, dans des conditions privilégiées. L’affaire ne se conclut pas par une simple négociation entre l’accusation et la défense (plaider-coupable ou réduction des charges), mais par une véritable « ordonnance de protection ». Les mécanismes juridiques lui ont littéralement offert une protection institutionnelle. Ce qui conduit Dias à conclure : « Ce n’était pas une théorie du complot. C’était pire : une réalité documentée dans laquelle Epstein opérait sous la protection de structures de renseignement, tandis que les institutions fermaient délibérément les yeux. »

Les premières tentatives de justice contre Epstein – les plaintes de Maria et Annie Farmer en 1996, puis l’enquête de Joe Recarey en 2005 – ont été systématiquement bloquées. Epstein, avec la protection de Ghislaine Maxwell et d’un réseau de puissants alliés incluant Les Wexner (milliardaire américain connu pour les marques Victoria’s Secret et Bath & Body Works et pour ses dons à la communauté juive), est parvenu à échapper à la justice pendant des décennies. Des institutions comme le FBI ont sciemment fermé les yeux.

L’accord de 2008 a été conclu à la suite de négociations entre Acosta, Dershowitz et l’équipe juridique d’Epstein (Jay Lefkowitz, Kenneth Starr et Gerald B. Lefcourt). Il a offert à Epstein et à ses complices une protection juridique quasi totale, incluant l’immunité et la dissimulation vis-à-vis des victimes. Selon les documents du FBI, un privilège aussi inhabituel suggère l’implication de services de renseignement. Joe Recarey, enquêteur clé, est mort subitement à l’âge de 50 ans, avant de pouvoir témoigner. Les circonstances de sa mort n’ont jamais été étudiées.

Un document explosif du FBI révèle le réseau Epstein

Le document le plus important du dossier Jeffrey Epstein n’est ni un e-mail, ni un registre de vols, ni un témoignage de victime. Il s’agit du rapport du FBI EFTA00090314 de 2020. Il repose sur une source humaine confidentielle (CHS) S-00099701. Cette source est jugée crédible dans le document FD-1023.[2]

Le CHS affirme qu’Epstein était un agent infiltré du Mossad. Proche d’Ehud Barak et formé comme espion sous ses ordres. Le réseau inclut également Alan Dershowitz, intermédiaire juridique et agent de débriefing de l’accord de 2008 – ultérieurement accusé par Virginia Giuffre (comme le prince Andrew), ainsi qu’Alex Acosta, procureur à qui il aurait été indiqué que la cible était « intouchable ». Ce réseau explique pourquoi Epstein n’a jamais été poursuivi pour espionnage, ainsi que pourquoi ses activités ont continué malgré l’accord, et enfin pourquoi sa mort a empêché toute vérification indépendante.

Le rapport révèle également une vision plus large. Masha Drokova (Day One Ventures) était le principal contact de Poutine dans le mouvement de jeunesse russe. Lors de ses échanges avec la source, elle n’a jamais évoqué la technologie ; elle s’est contentée de dire : « Vous connaissiez Epstein, n’est-ce pas ? » et de le féliciter. La source conclut que Day One Ventures est présente dans la Silicon Valley « pour voler de la technologie ».

Par ailleurs, le mouvement Chabad (Chabad-Lubavitch) – mouvement hassidique spirituel et mystique au sein du judaïsme orthodoxe, fondé par le Baal Shem Tov (Israel ben Eliezer) vers les années 1740 dans l’actuelle Ukraine – aurait tenté de « prendre le contrôle de la présidence de Trump ».

Jared Kushner a transféré des investissements russes. Il s’agissait d’un redéploiement des flux financiers d’investisseurs russes liés au réseau Epstein.

Leon Black (milliardaire américain associé à la société Constellis dans le secteur militaire et de la sécurité privée, impliquée dans des opérations et contrats en Irak et en Afghanistan) est accusé de trafic d’armes et d’êtres humains.

Elliott Broidy (condamné pour corruption et lobbying en faveur d’entités étrangères aux États-Unis, ayant, en tant que donateur politique et lobbyiste, offert un accès à de hauts responsables en échange d’avantages financiers, gracié par Trump en 2021) a payé plus d’un million de dollars pour faire taire une ancienne mannequin Playboy et a obtenu des sanctions américaines contre le Qatar au nom des Émirats arabes unis.

La diversité des informations issues d’une seule source témoigne de la qualité de l’informateur. Il disposait manifestement d’un accès direct à plusieurs niveaux de pouvoir. Chacune de ces informations nécessite une enquête approfondie. Réunies dans un seul document, elles montrent l’ampleur du réseau, qui dépasse Israël et s’étend à la Russie, aux Émirats arabes unis et à la présidence américaine.

L’ombre de Maxwell : espionnage, chantage et questions non résolues du FBI

Pour comprendre le rôle de Ghislaine Maxwell dans l’affaire Jeffrey Epstein, Leonardo Dias part de son père, Robert Maxwell. Il s’appuie sur le document du FBI EFTA01683612 du 23 décembre 2021, classifié SECRET//NOFORN. Maxwell y est formellement identifié comme agent du Mossad. Sa mort, survenue lors d’une chute depuis le yacht Lady Ghislaine au large des îles Canaries, a fait l’objet de fortes suspicions d’assassinat.

Robert Maxwell, né en 1923 en Tchécoslovaquie sous le nom de Jan Ludvik Hyman Binyamin Hoch, après avoir fui et combattu les nazis, est devenu un magnat de la presse britannique (Mirror Group Newspapers, Macmillan, Pergamon Press). Il est mort tragiquement quelques mois après avoir, selon les documents de l’affaire Epstein, tenté d’extorquer 400 millions de livres au Mossad afin de sauver son empire. Les enquêtes ont révélé un détournement par Maxwell de 460 millions de livres provenant des fonds de pension des employés – des sommes qu’il aurait tenté de compenser par cette extorsion. Il est également associé à un rôle dans le réseau de compromission d’Epstein. Dans ce réseau, après sa mort, sa fille Ghislaine jouera un rôle central, tout comme le carnet d’adresses impressionnant de son père, dont elle a hérité. Lors des funérailles de Maxwell à Jérusalem en 1991, le Premier ministre de l’époque, Yitzhak Shamir, déclara que Maxwell avait « fait pour Israël plus qu’il ne peut être dit aujourd’hui ».

Maxwell est mentionné dans des témoignages et dans une enquête du Congrès liée à l’affaire PROMIS, en tant qu’intermédiaire et distributeur de logiciels auprès de contacts internationaux. Le logiciel PROMIS a été développé par la société américaine Inslaw. Toutefois, il a été diffusé dans une version modifiée comportant des « portes dérobées », permettant un accès des services de renseignement aux systèmes gouvernementaux. Ainsi, en 1983, Rafi Eitan, agent du renseignement israélien (connu pour l’enlèvement d’Adolf Eichmann), a réussi à « visiter » Inslaw sous le pseudonyme du « Dr. Ben Orr ».

Selon le document du FBI cité, Epstein dirigeait une opération de collecte d’informations technologiques et de chantage sous le patronage de l’État israélien. Le document établit également une analogie claire : Robert Maxwell – infiltration logicielle, Ghislaine Maxwell et Epstein – chantage sexuel via caméras cachées.

De Mega Groupe au FBI : Anatomie du réseau Epstein

Résumé chronologique :

– acteur clé – Leslie Wexner accorde à Jeffrey Epstein une procuration illimitée sur ses finances. Wexner et Charles Bronfman fondent le Mega Group pour une cinquantaine d’entrepreneurs juifs influents[3]. Richard Adrian devient le garde du corps de Wexner.
– Maria Farmer devient la première plaignante officielle contre Epstein et son réseau, qu’elle décrit comme : « un réseau de suprémacisme juif et de chantage lié au Mega Group ». Farmer a travaillé pour Epstein et Wexner avant d’être agressée sexuellement par Epstein et Ghislaine Maxwell. Son signalement au FBI est resté ignoré pendant trois ans.
1986–1987 – Ronald Lauder (héritier de l’empire cosmétique Estée Lauder, actif au sein de la communauté juive) est ambassadeur des États-Unis en Autriche. Durant cette période, un faux passeport autrichien est délivré au nom de « Marius Robert Fortelni », avec la photo d’Epstein et une adresse en Arabie saoudite.

– Wexner transfère à Epstein la propriété d’un palais à Manhattan, estimé à 20 millions de dollars, pour une somme symbolique.
– Virginia Giuffre témoigne avoir été contrainte à des relations sexuelles avec Wexner.
– Les documents publiés confirment les déclarations de Maria Farmer. Le garde du corps d’Epstein, Richard Adrian, contacte le FBI et affirme que Wexner est « le meilleur ami d’Epstein » et qu’il a vu de « jeunes filles » dans la résidence d’Epstein à Palm Beach. Il pensait qu’il s’agissait de membres de sa famille.
– Whitney Webb, journaliste d’investigation américaine, publie une enquête en deux volumes One Nation Under Blackmail, dans laquelle elle décrit de manière documentée la façon dont les opérations d’influence et les activités de renseignement du Mega Group étaient liées à des individus puissants aux États-Unis.
Février 2026 – Ro Khanna, député démocrate américain de Californie – connu pour ses réformes technologiques, les droits des travailleurs et la surveillance des réseaux financiers puissants – révèle que le FBI a désigné Wexner comme co-suspect non inculpé dans l’affaire Epstein. Wexner a été entendu devant la commission de surveillance de la Chambre des représentants ; les démocrates indiquent qu’il a refusé de révéler l’ampleur des détournements présumés de plusieurs millions de dollars par Epstein.

Les dossiers et documents Epstein mentionnent les noms suivants : Leslie Wexner – 1 126 documents, désigné comme « co-suspect du FBI » ; Ronald Lauder – 271 documents, présenté comme membre du Mega Group ; Edgar Bronfman – 31 documents, décrit comme l’un des premiers clients d’Epstein chez Bear Stearns.

Bear Stearns était une banque d’investissement américaine qu’Epstein utilisait pour gérer la fortune et les transactions financières de ses clients fortunés et influents. La banque s’est effondrée en 2008, lors de la crise financière, en raison de sa forte exposition à des titres hypothécaires à haut risque. Elle a ensuite été rachetée par JPMorgan Chase, avec le soutien des autorités américaines, à un prix subventionné. Cet effondrement est considéré comme l’un des déclencheurs majeurs de l’instabilité financière mondiale.

Les documents indiquent également que la fille de Bronfman, Claire Bronfman, a ensuite été cofondatrice de NXIVM – une organisation controversée liée à des accusations de trafic sexuel, d’abus et de marquage forcé de femmes.

Epstein dans le réseau de l’élite mondiale

Jeffrey Epstein était membre de la Commission trilatérale. Cette organisation, depuis sa création en 1973, a été en partie orientée par Henry Kissinger. Elle a été fondée par David Rockefeller et Zbigniew Brzezinski.

Le document EFTA01082667 présente la liste officielle des membres du groupe nord-américain pour l’année 2008. Le nom d’Epstein y figure aux côtés de certaines des personnalités les plus influentes de la politique et de la finance mondiales. On y trouve notamment Kissinger (conseiller à vie), Lawrence Summers, Jamie Dimon et Richard Holbrooke.

Les documents confirment également son appartenance au Council on Foreign Relations (EFTA00725190). Cette organisation est connue pour ses réunions confidentielles et ses briefings privés avec des chefs d’État. Epstein n’y occupait pas une position périphérique. Il participait à des groupes où s’échangent des informations et où se façonnent des stratégies globales.

Le lien avec Kissinger Associates révèle l’ampleur de l’accès à l’information dont disposait Epstein. Cette entreprise n’est pas un simple cabinet de conseil. Fondée en 1982, elle facture plus de 500 000 dollars par an pour des services de conseil géopolitique à des multinationales et à des gouvernements.

Epstein détenait des documents internes sur les activités de Kissinger Associates en Chine, y compris des structures de partage des profits. Cela suggère qu’il n’était pas un simple client passif. Il faisait partie intégrante de cet écosystème.

Aujourd’hui encore, une question essentielle demeure : quelles informations Epstein fournissait-il en échange d’un accès aussi privilégié ?

Le ranch Zorro : le projet le plus dangereux d’Epstein

Jeffrey Epstein était obsédé par le transhumanisme. The New York Times avait déjà documenté sa fascination pour le génie génétique et l’intelligence artificielle comme moyens d’« amélioration » de l’humanité (EFTA00069900). Les documents montrent que cela n’est pas resté au stade de la simple idée.

Un e-mail du neuroscientifique Mark Tramo (451 documents) mentionne « les prématurés que nous élevons ». Epstein a conclu des accords avec California Cryobank et a commandé 30 kits 23andMe (kits domestiques d’analyse ADN) sous le faux nom de « Sultan Binsulayem », lié à DP World – opérateur portuaire et logistique basé aux Émirats arabes unis (3 034 documents).

Le rapport du FBI SECRET//NOFORN de décembre 2017 (EFTA01683874) confirme qu’Epstein, dans son ranch du Nouveau-Mexique, « attirait et filmait des mineures ». Des allégations font également état d’un bébé enterré et de corps de jeunes filles. Pourtant, le ranch Zorro n’a jamais été fouillé.

The New York Times révèle qu’Epstein « planifiait un programme de reproduction fondé sur son propre ADN ». Le ranch devait devenir un centre d’insémination de femmes, avec des contrats de laboratoire et de fausses identités. Il présentait sa descendance comme « parfaite » et son patrimoine génétique comme « supérieur ».

Le généticien George Church (1 241 documents) apparaît également dans les dossiers. Il a discuté avec Epstein du prolongement de la vie. En 2015, Epstein lui a demandé le document Rejuvenate (EFTA00353066) – un ensemble de recherches sur les technologies anti-âge. Le document EFTA00715319 mentionne une proposition d’intégrer Max More, directeur exécutif de la fondation Alcor Life Extension Foundation, l’un des théoriciens du transhumanisme contemporain. Selon le NYT, Epstein souhaitait la cryoconservation de sa propre tête et de ses organes génitaux.

La symbolique était tout aussi sombre : pour le ranch, il a commandé une reproduction du Massacre des Innocents de Rubens (EFTA02319842).

Ce n’est toutefois qu’en 2024 que le Nouveau-Mexique a créé une commission de vérité. Le FBI – qui, après la mort d’Epstein en 2019, a perquisitionné ses propriétés à New York et à Little St. James – n’a jamais fouillé le ranch Zorro, bien qu’il ait disposé d’informations issues du rapport EFTA01683874. Cette absence d’enquête demeure l’un des principaux points ouverts de l’affaire Epstein.

Une autre question, non moins intrigante, concerne la descendance. Epstein n’a officiellement pas eu d’enfants, mais des indices suggèrent le contraire. The Times britannique rapporte qu’un journal tenu par une victime décrit avoir donné naissance, en 2002, à la fille d’Epstein, laquelle aurait immédiatement été retirée par Ghislaine Maxwell.

Deux courriels de Sarah Ferguson datant de 2011 évoquent également un enfant d’Epstein. Dans le premier, la duchesse le félicite pour la naissance d’un fils :

« J’ai appris par le duc que tu avais eu un garçon… je suis toujours là pour toi avec amour, amitié et félicitations pour ton petit garçon. Sarah xx. »

Huit minutes plus tard suit un second message, plus amer :

« Tu as disparu. Je ne savais même pas que tu allais avoir un enfant. Il est très clair pour moi que tu n’as été mon amie que pour avoir accès à Andrew. Et cela me blesse profondément. »

Ces messages témoignent de la remarquable capacité d’Epstein à exercer une emprise sur les autres.

FSB, FOIA et « Royal Flush » : la trace russe dans le réseau de Jeffrey Epstein

Sergueï Belyakov est diplômé de l’Académie du FSB en 1999 (TASS). Il apparaît dans 33 documents, et Epstein le décrit en 2015 comme « son très bon ami » dans un e-mail adressé à Peter Thiel.

Selon des documents FOIA, Belyakov a été un intermédiaire clé dans les relations d’Epstein avec la Russie. Il a organisé des rencontres entre Epstein et des responsables financiers russes, notamment le vice-ministre des Finances Sergueï Storchak et le vice-président de la Banque centrale Simanovski. Il a également facilité des rencontres avec d’autres contacts russes de haut niveau, en facilitant l’accès et l’échange d’informations.

Il a attiré l’attention du FBI et est rapidement devenu l’objet de l’opération de contre-espionnage « Royal Flush », une opération classifiée incluant surveillance, collecte de documents et analyse du réseau de contacts afin d’évaluer les risques d’influence internationale et d’espionnage.

L’entité Bella Klein était une autre figure clé de la ligne russe du réseau. Gestionnaire financière principale, elle est mentionnée dans plus de 13 470 documents. Elle coordonnait les flux financiers, la gestion des fonds et les ressources du réseau. Elle était également un lien vers Karyna Shuliak, la dernière petite amie d’Epstein originaire de Biélorussie (34 249 documents). Cela est confirmé par un e-mail contenant le commentaire « KGB à l’œuvre » reçu par Shuliak (EFTA00572952).

L’entité « V » ou « Vic » apparaît dans plus de 120 documents. Elle dirigeait une activité au sein de Elite Retail à Paris, probablement un siège opérationnel pour le recrutement et la gestion de mannequins. Elle disposait d’un accès à une « base de données complète de mannequins russes » et jouait un rôle clé dans la logistique, en particulier dans le recrutement de mannequins et les contacts avec de jeunes femmes issues de Russie et d’Europe de l’Est.

L’afflux de femmes d’Europe de l’Est était organisé de manière précise. Lesley Groff coordonnait les vols depuis Kiev et Odessa vers Paris. Les données concernant les jeunes femmes (Sofiia Girich – 13 documents, Olha Zasiadko – 15 documents, Kateryna Pryshchepa – données AMEX) ainsi que la période (2018–2019) coïncident avec le pic du conflit dans l’est de l’Ukraine, lorsque de nombreuses jeunes Ukrainiennes se trouvaient dans une situation économique difficile.

Le rapport du FBI SECRET//NOFORN de décembre 2017 (EFTA01683874) suggère un lien entre Poutine et Epstein. Il indique qu’« Epstein gérait les fortunes de Poutine et de Mugabe ». Cette affirmation n’a pas été vérifiée de manière indépendante, mais elle expliquerait la tolérance russe envers les activités d’Epstein, la présence d’un diplômé du FSB comme intermédiaire et l’arrivée massive de femmes russes, biélorusses et ukrainiennes.

La raison de cette tolérance réside probablement dans l’image que le réseau Epstein projette en Russie : une structure mystérieuse, stratégiquement organisée et potentiellement compromettante, parallèle aux réseaux politico-financiers et opérant avec des méthodes similaires à celles du KGB.

Dans ce sens, le document HOUSE_OVERSIGHT_020153 décrit la méthodologie du KGB dite MICE (Argent, Idéologie, Compromis, Exploitation) et la relie au réseau Epstein. Celui-ci reproduit les quatre catégories : gestion de milliardaires, liens avec la science transhumaniste, chantage de mineures et pression sur des individus compromis. Les cercles russes auraient clairement identifié la valeur opérationnelle de cette méthodologie. Belyakov a agi comme un pont vers les structures financières russes, tandis que l’opération « Royal Flush » confirmait que les services américains considéraient la composante russe comme un possible instrument d’influence.

Après la mort d’Epstein en 2019, des spéculations médiatiques et des analyses géopolitiques liées à la pratique russe du kompromat ont suggéré que le FSB pourrait détenir « toute la liste des clients d’Epstein ». Il n’a toutefois pas été confirmé qu’une telle liste existe, ni qu’elle soit en possession de la Russie.

Bibliographie (ordre alphabétique)

LÉVI, Sébastien (18/02/2026). Disponible sur : https://lejournal.info/nos-auteurs/sebastien-levi/

WEBB, Whitney (2022). One Nation Under Blackmail. (Référence à l’ouvrage et aux recherches de l’autrice sur les opérations d’influence aux États-Unis.)

« Un travail de titan : synthèse documentée et non complotiste de ce que l’on sait de l’affaire Epstein » (2026). Disponible sur : https://brunobertez.com/2026/02/22/un-travail-de-titan-synthese-documentee-et-non-complotiste-de-ce-que-lon-sait-de-laffaire-epstein/ ; document original

document original : https://www.oeditorial.co/p/o-amigo-dos-VIespioes-jeffrey-epstein?r=1pfb6z .

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